L’oxygène : un élément essentiel à la santé du lac
La qualité de l’eau du lac Manitou dépend en partie du maintien de bons niveaux d’oxygène. À mesure que les changements climatiques exercent de nouvelles pressions sur les lacs des Laurentides, les gestes que nous posons aujourd’hui joueront un rôle de plus en plus important dans la protection de notre lac. Découvrez ce que vous pouvez faire pour protéger le lac et votre propriété.
Plongez dans le lac par une chaude journée d’été. Dès les premiers mètres, vous remarquerez que l’eau de surface est agréable et chaude. Mais plus vous descendez, plus l’eau devient froide. Dans les lacs, y compris le lac Manitou, l’eau se répartit naturellement en couches : chaude en surface et froide en profondeur. Ces couches demeurent largement séparées, un peu comme l’huile et l’eau.
Pourquoi ces couches se forment-elles? Pourquoi ne se mélangent-elles pas? Quel lien existe-t-il entre cette stratification et l’oxygène dissous dans l’eau? Et en quoi cela influence-t-il la santé de notre lac? Voilà des questions fascinantes qui méritent qu’on s’y attarde.
Pourquoi l’eau chaude et l’eau froide forment-elles et maintiennent-elles des couches distinctes?
Cette vidéo explique plus en détail la stratification thermique des lacs.
Sous l’effet du soleil, l’eau de surface se réchauffe. En se réchauffant, elle devient plus légère et flotte au-dessus de l’eau plus froide et plus dense située en profondeur. Entre les deux se forme une zone de transition où la température chute rapidement. Cette zone s’appelle la thermocline.
Ce phénomène, appelé stratification thermique, évolue au fil des saisons.
Les saisons, la stratification thermique et l’oxygène
Chaque printemps, vers la fin avril ou le début mai, la glace du lac Manitou se fragmente puis fond. À ce moment de l’année, la température de l’eau est presque uniforme du fond jusqu’à la surface.
Au cours du printemps et de l’été, le soleil réchauffe progressivement les eaux de surface, qui deviennent plus légères.
À l’été, le lac présente trois couches bien distinctes :
une couche supérieure d’eau chaude;
une couche profonde d’eau froide et dense;
entre les deux, la thermocline, où la température change rapidement.
Comme ces couches se mélangent peu, les eaux profondes deviennent en grande partie isolées de l’atmosphère.
Le soleil n’est toutefois pas le seul facteur en jeu. L’oxygène joue également un rôle essentiel. Les eaux de surface absorbent continuellement de l’oxygène provenant de l’air, du vent et de la pluie.
Au printemps, après la fonte des glaces, les eaux riches en oxygène sont brassées par le vent. Ce mouvement permet à l’oxygène de pénétrer vers les couches plus profondes du lac. Ce phénomène est appelé le brassage printanier.
Dans de nombreux lacs, ce brassage permet de réoxygéner même les eaux les plus profondes. Le lac Manitou constitue toutefois un cas particulier. Le brassage printanier apporte de l’oxygène à une grande partie du lac, mais n’atteint pas nécessairement toutes les zones les plus profondes.
L’été, les eaux profondes et l’oxygène
Tout au long de l’été, les poissons, les organismes aquatiques et les bactéries consomment de l’oxygène.
Près de la surface, cet oxygène est continuellement renouvelé grâce aux échanges avec l’air ainsi qu’à l’activité des plantes aquatiques et des algues. En profondeur, cependant, les apports d’oxygène sont beaucoup plus limités.
Les concentrations d’oxygène dans les eaux profondes diminuent donc graduellement pendant la saison chaude.
Le brassage automnal
À l’automne, le refroidissement des eaux de surface réduit progressivement les différences de température entre les couches du lac. Les différences de densité disparaissent également.
Le vent peut alors de nouveau mélanger l’eau de la surface jusqu’au fond, redistribuant l’oxygène dans toute la colonne d’eau. Ce phénomène est appelé le brassage automnal.
Au lac Manitou, la situation est plus complexe
Dans de nombreux lacs, les brassages du printemps et de l’automne suffisent à renouveler complètement l’oxygène des eaux profondes. Au lac Manitou, ce n’est pas toujours le cas.
La forme particulière du lac, avec ses longues baies peu profondes et son bassin central très profond, influence la circulation de l’eau. Les brassages saisonniers oxygènent efficacement les baies, mais les secteurs les plus profonds du bassin central ne reçoivent pas toujours un renouvellement complet de leur oxygène.
Certaines des zones les plus profondes peuvent donc commencer l’été avec des concentrations d’oxygène déjà inférieures à l’idéal.
Les changements climatiques compliquent aussi la situation
La forme particulière du lac Manitou n’est pas le seul facteur qui influence les niveaux d’oxygène. Les changements climatiques risquent également d’accentuer certains phénomènes naturels déjà présents.
Des étés plus longs et plus chauds peuvent renforcer la stratification thermique et prolonger la période pendant laquelle les eaux profondes demeurent isolées de la surface. Cette période d’isolement prolongée laisse davantage de temps aux concentrations d’oxygène pour diminuer.
Le réchauffement de l’eau peut aussi accroître l’activité biologique et accélérer la consommation d’oxygène. Pour un lac comme le lac Manitou, qui éprouve déjà des difficultés à réoxygéner complètement ses eaux les plus profondes, ces changements pourraient augmenter le risque de faibles concentrations d’oxygène à l’avenir.
Pourquoi une baisse de l’oxygène est préoccupante
Cette situation est une conséquence naturelle de la taille, de la profondeur et de la forme du lac. Toutefois, les activités humaines qui ajoutent des nutriments à l’eau peuvent en accentuer les effets. Le lac Manitou est donc plus sensible que certains autres lacs aux apports supplémentaires de phosphore.
Lorsque l’oxygène disparaît des eaux profondes, le phosphore accumulé dans les sédiments du fond peut être relâché dans l’eau.
Or, le phosphore agit comme un engrais pour les algues et les plantes aquatiques. Leur croissance peut alors s’accélérer, ce qui peut :
réduire la transparence de l’eau;
favoriser la prolifération d’algues;
augmenter la croissance des plantes aquatiques;
nuire à la baignade, à la navigation et aux autres activités récréatives;
entraîner une dégradation de la qualité de l’eau.
La bonne nouvelle est que les données de suivi indiquent que le lac Manitou demeure en excellente santé. Toutefois, sa tendance naturelle à présenter de faibles concentrations d’oxygène en profondeur lui laisse moins de marge de manœuvre que certains autres lacs.
Que peuvent faire les résidents?
Notre lac est sensible, mais il n’est pas en difficulté. Chacun peut contribuer à préserver sa qualité en limitant les apports de nutriments, particulièrement de phosphore.
Quelques gestes simples peuvent faire une réelle différence :
Évitez les engrais contenant du phosphore.
Assurez-vous que votre installation septique est en bon état et faites-la inspecter régulièrement.
N’utilisez jamais de savons, détergents ou produits nettoyants dans le lac ou près de la rive.
Préservez la végétation naturelle du littoral.
Consultez également notre article Comment préserver la qualité de nos lacs.
Où en sommes-nous aujourd’hui?
Grâce aux efforts de l’AALM et des résidents de la région du lac Manitou, notre lac demeure remarquablement clair et propre.
Malgré une utilisation récréative importante, le Conseil régional de l’environnement des Laurentides classe le lac Manitou parmi les lacs à eau exceptionnellement claire, à faible abondance d’algues et à très faible concentration de nutriments — autant d’indicateurs d’un écosystème en excellente santé.
Le Conseil considère toutefois le lac comme hautement vulnérable.
Nous pouvons être fiers des efforts de protection accomplis jusqu’à présent. Mais pour préserver la qualité exceptionnelle du lac Manitou, il demeure essentiel de poursuivre cette vigilance collective.
Malgré son excellente qualité d’eau, la tendance naturelle du lac Manitou à présenter de faibles concentrations d’oxygène dans ses eaux profondes signifie qu’il dispose de moins de marge de manœuvre que plusieurs autres lacs. Préserver la qualité de l’eau aujourd’hui demeure le meilleur moyen de protéger le lac face aux changements climatiques de demain.
Pour en savoir davantage sur la qualité de l’eau du lac Manitou, du lac de la Grise et du lac Fer-à-Cheval, consultez notre archive des rapports annuels sur la qualité de l’eau :